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Comme beaucoup j’ai adoré ce film, seulement je ne peux m’empêcher de garder un
goût amer. Je trouve que l’humain s’en sort trop bien.
Cette œuvre est une parfaite analogie de ce qu’il se passe partout dans le
monde.
- Des Hommes ne cherchant qu’à assouvir leur avidité peu importe les conséquences :
forgeurs qui souhaitent s’enrichir de manière infinie au détriment des autres
Hommes et de la forêt.
- Des Hommes préférant continuer à détruire la biodiversité plutôt que de se
remettre en question : à aucun moment la population de la forge s’imagine
qu’il pourrait vivre en harmonie avec la forêt : la question est posée par
notre héros, Hashitaka, et reste toujours sans réponse…
- Des Hommes incapables de penser par eux-mêmes : femmes comme hommes de la
forge suivent leur leader (Dame Eboshi) aveuglément, bien qu’une partie
souhaiterait vivre en harmonie avec la forêt. Les samouraïs suivent le
seigneurs Hasano. Les chanteurs commerciaux suivent les modes. Les politiciens suivent
toujours la même ligne politique. Les policiers comme les militaires suivent
les ordres. Les ingénieurs et chercheurs découvrent et développent sans
réfléchir. Les français préfèrent se battre contre le mariage et l’adoption des
homosexuels plutôt que contre Monsanto : plutôt que de cracher leur haine
contre le système, le capitalisme fait qu’ils envoient leur rejet contre des
innocents.
- Des Hommes obligés de suivre les idées de quelqu’un d’autres quelques soit ses
convictions : Eboshi souhaite régir la planète grâce à ses armes toujours
plus innovantes et destructrices, toujours dans cette logique du culte du
progrès, mais quel progrès ?
- Des Hommes incapables de se limiter dans un libéralisme omniprésent :
vivre sans être tiraillé par la faim et avec un certain confort est insuffisant
pour la population de la forge, il faut accumuler toujours plus de richesse.
- Des Hommes ne cherchant jamais au grand jamais à tenter de vivre en harmonie
avec le vivant qui nous entoure, afin de produire des broutilles superflues, juste
pour contenter ses petits caprices : obtenir encore plus de terre dans le film,
dans notre monde à nous : fabriquer et vendre des smartphones, des avions,
des voitures, des drones, des robots, des tablettes etc…
Le respect entre Hommes il a bon dos (il décroît à vue d’œil qui plus est) et
le respect pour notre environnement alors ?!
Je me pose tous les jours la même question : Peut-on être tolérant tout en
étant militant ? Tantôt, je me dis qu’il faut cultiver cette intolérance,
tantôt je me dis qu’il faut la restreindre et tenter de construire une nouvelle
société ensemble. Mais la tâche est tellement ardue, l’Homme part de tellement
loin. Un discours même répété 1000 fois, ça passe par une oreille et ça sort
par l’autre. Puis même si la personne est d’accord, il n’agira jamais en
conséquence : « C’est vrai ce que tu dis mais on n’y peut rien, tu es
courageux de vivre en fonction de tes convictions ». Il faut sacrément ne
pas aimer la liberté pour ne pas s’attacher à ses convictions ou ne pas tout
faire pour en avoir des singulières, des idées qui nous différencieraient et
qui nous rendraient unique et indépendant. L’entendre de la bouche d’étudiants,
de vingtenaires, de trentenaires qui viennent à peine de mettre les pieds dans
cette tant convoitée « vie active » ou qui n’ont pour seule espérance
que d’y rentrer. Ça fait peur… Je ne parle même pas des tranches plus âgées qui
sont empêtrées dans cette société depuis déjà trop longtemps pour avoir le
recul nécessaire, même si l’espoir subsiste : de plus en plus de minorités
proposent des alternatives au capitalisme : autogestion, AMAP, potagers
communs en ville comme en campagne, retour à la terre etc…
La société suit toujours la même logique, le développement durable c’est de la
mauvaise foi, les conventions éthiques du milieu scientifique juste un symbole
sans pouvoir, chargées de rassurer la masse, les scientifiques eux-mêmes le
disent. Les sciences ne sont aujourd’hui qu’un moteur de la surconsommation du
système capitaliste, c’est d’ailleurs pour cela que la seule voie privilégiée
est celle des sciences. Des sciences qui n’apprennent pas aux étudiants à
réfléchir, à cultiver leur curiosité, bref à s’émanciper, mais qui construisent
des automates qui suivent toujours la même ligne de conduite. Les chercheurs en
Physique, en Biologie, en Chimie ou en Maths, se fichent complétement des
conséquences de leur découverte une fois vendue à un industriel, qu’elles soient
sociales ou écologiques. Ils sont juste la tête dans le guidon comme on dit,
incapable de lever leur visage pour regarder au loin. Incapable ou sans l’envie,
gardant la tête bien baissée à observer leur pied, en attendant sagement que
les choses se passent, se dédouanant complétement par la même occasion. Les
étudiants en sciences, futurs chercheurs, sont façonnés pour suivre cette règle
tacite.
Pourquoi les domaines artistiques ou les sciences humaines ne sont jamais mis
en valeur en France ? Parce que ça ne rapporte rien. On propose aux gens
dans ces domaines de devenir enseignants pour qu’ils enseignent à des
professeurs potentiels qui formeront à leur tour. L’avancée est nulle. Pourquoi
un philosophe, un écrivain, un psychologue ou un historien n’aurait pas autant
de valeur qu’un ingénieur ? Eux qui réfléchissent surement de manière plus
indépendante, mais qui sont cassés continuellement par le système qui les
amènent inévitablement dans une voie sans issue, sans travail et sans avenir
alternatif. Surement cassés car plus émancipés d’ailleurs.
Vous vous dîtes surement que la digression par rapport à notre Princesse
Mononoké de départ est totale. Pourtant comme je le disais au début, l’analogie
entre la réalité et ce film d’animation existe belle et bien et toutes les
idées que je viens de développer vont à l’encontre d’un équilibre avec la
nature. Je suis dégoûté qu’à aucun moment on ne voit l’être humain apprendre de
ses erreurs. A la fin de l’œuvre tout est détruit et la nature repart à zéro, y
a-t-il une remise en question de l’Homme? Non.
Si on aime la nature, on ne peut rester de marbre devant l’injustice de l’Homme
vis-à-vis de ce qui l’entoure. Si vous êtes touché dans le film, vous devriez
être touché dans notre monde à nous. Prendre le temps de se balader, de faire
de bons repas avec des produits de qualité, de lire, de découvrir de nouvelles
formes artistiques, de discuter avec ses amis comme avec des inconnus, n’est-ce
pas suffisant ? C’est une sacré piste pour diminuer notre empreinte sur l’environnement.
Vous comprendrez alors ce goût amer que j’éprouve. Une amertume associée à
l’inquiétude de voir détruire leur/notre terre une nouvelle fois par l’incapacité
de se remettre en question qui permettrait peut-être de vivre plus simplement
et plus sobrement. Une sobriété matérielle et pas du tout intellectuelle ou
artistique ! C’est ça le vrai progrès selon moi.
Pour conclure sur le film, outre les aspects qui ont dû être répétés à maintes
reprises : beauté graphique, personnages touchants dans un univers
enchanteur, histoire très prenante etc… Ce qui m’a marqué le plus c’est que
surement pour la première fois dans un film, les bons et les mauvais ne sont
pas stéréotypés : la population de la forge est présentée comme très
sympathique où ce sont les femmes qui mènent la barque (ce qui fait plaisir à
voir), pourtant c’est bien eux les destructeurs du récit. Ce n’est pas ou noir
ou blanc, mais beige. Quant aux vrais « méchants », les
samouraïs du seigneur Hasano, ils n’ont pas vraiment d’influence, ils restent
en retrait par leur carence matérielle (épée contre arme à feu, bon…) et Hasano
est un personnage que l’on ne voit jamais. Bref, les mauvais comme les bons ne
sont pas exagérés, ce qui augmente la force de l’œuvre car elle est
vraisemblable. Que ferions-nous, les Hommes, si on se retrouvait dans cet
univers fantastique ? La même chose que dans notre réalité. C’est la
réponse de Miyazaki en tout cas.